La vie qui bat fort

On marchait l’un derrière l’autre sur les trottoirs des rues étroites, au hasard des intersections où on hésitait parce que c’était beau dans toutes les directions. Je jouais la touriste et j’en étais une, émue et toute petite au pied des monuments, sous le sourire de celui qui m’avait fait le plus beau des cadeaux. En 5 jours on s’est assis à autant de terrasses pour regarder Paris passer, et fait autant de pas que j’ai cligné des yeux comme une enfant.

Tout était magnifique et plus grand que nous et j’ai cru que le ciel qui s’était fait bleu malgré le début d’octobre s’était emballé juste pour mon anniversaire. Ville lumière qui nous allumait, ma tête et moi puis mes années passées à subir Manhattan comme une douleur qui fait du bien, autre métropole épuisante de dimensions, de visages et d’horizons dans tous les sens. J’avais de grandes ailes et le coeur qui battait fort, le goût de vivre juste un peu trop vite à nouveau, d’être dépassée par le décor. Je rentrais à la maison dans un endroit que je voyais pourtant pour la première fois.

J’ai regardé les photos des victimes, les yeux dans une eau amère. Une centaine de personnes comme toi, comme moi, amateurs de musique ou juste de la vie, t’sais, assis face à la rue au-dessus d’un verre coloré, à nager dans le regard d’un amoureux ou juste dans leurs idées. J’ai pensé à un concert passé, à la foule qui brillait à l’unisson dans un follow spot bleu, où j’avais eu la certitude candide que certains endroits sombres du monde avaient cruellement souffert de l’absence du rock’n roll dans leur histoire.

J’ai pensé au 12 septembre et aux mois qui avaient suivi, à la rage et à la peur, mais surtout à la légèreté perdue des fins de soirées passées debout dans des salles trop pleines à essayer de voir un band par-dessus l’épaule de gens plus grands que moi. J’ai regardé les photos des victimes et je les ai toutes reconnues : c’était toi, c’était moi, c’était la vie qui battait fort sur toutes sortes de musiques, et je me suis demandé dans quelle direction il fallait maintenant aller.